"Dans l'aube qui se levait on entendait le tocsin; nous montions au pas de charge, sachant qu'au sommet il y avait une armée rangée en bataille. Nous pensions mourir pour la liberté. On était comme soulevés de terre. Nous morts, Paris se fût levé. Les foules à certaines heures sont l'avant-garde de l'océan humain..."
* * *
"La butte était enveloppée d'une lumière blanche, une aube splendide de délivrance. La troupe fraternise avec le peuple, l'insurrection gagne Paris quartier par quartier, surprenant à la fois le gouvernement et le Comité central..."
Louise Michel
La Commune fut finalement vaincue durant la Semaine sanglante, qui débuta avec l'entrée des troupes versaillaises dans Paris le 21 mai pour s'achever avec les derniers combats au Cimetière du Père Lachaise le 28 mai. Les témoins évoquent tous de nombreuses exécutions sommaires de la part des troupes «démocratiques». On évoque, selon les sources, de 10.000 à 25.000 exécutions sommaires, viols, meurtres d'ouvriers communards durant la semaine sanglante. La répression des communards fut féroce: près de 10.000 condamnations à mort, 4.000 déportations au bagne de Nouvelle-Calédonie, etc. Les lois d'amnistie n'interviendront qu'en 1880.
Premier pouvoir révolutionnaire prolétarien, la Commune de Paris a depuis été revendiquée comme modèle - mais avec des points de vue différents - par la gauche, l'extrême-gauche et les anarchistes; elle inspira de nombreux mouvements révolutionnaires qui en tirèrent des leçons leur permettant d'entreprendre d'autres révolutions (la révolution russe et les conseils, la révolution espagnole et les collectivités, etc.).
Wikipédia
Par Gérard Conte
La Commune de Paris n'échappe pas à ce sort, ni à la mystification dont l'entoure ceux qui s'en réclament.
Le 21 mai 1871, c'est le début de l'effondrement de la Commune de Paris.
Après l'extraordinaire espoir (que la Commune) avait pu susciter parmi ses partisans (...), on est arrivé à un point de lassitude, de découragement qui va être déterminant puisque militairement, politiquement la Commune a déjà perdu la bataille.
Ce jour, quand les Versaillais entrèrent dans Paris, l'idée de la Commune était déjà morte.
Malgré les promesses, après un tas de propos ronflants, d'affirmations d'héroïsme, toute une armée va rentrer sans tirer un coup de fusil parce que c'est dimanche, qu'on n'y croit plus beaucoup, que ce n'est pas "notre" quartier et que les versaillais arrive par la porte du point du jour, c'est le XVIe, un quartier bourgeois.
Les communards vont retomber dans la vieille notion révolutionnaire qui est de défendre son quartier, c'est une défense qu'ils envisagent, pas une offensive. C'est le gros échec de la Commune sur le plan militaire. Thiers a dit: "Avec ce qui m'arrive à Paris, il me faut des troupes". Bismarck a libéré des officiers, qui ont été démobilisés dans plusieurs villes, en particulier à Auxerre, de façon à reprendre du service contre les communards.
Le comité de salut Public va alterner les déclarations héroïques d'appel à mourir sur les barricardes et les tentatives de négociations.
L'une des dernières réunions du Comité central, s'est tenue le 24 mai 1871. Il a proposé par voie d'affiches au gouvernement de Versailles, qui possédait déjà la moitié de Paris, un cessez-le-feu, la démission de l'Assemblée de Versailles, la démission de la Commune et l'élection d'une assemblée. Politiquement ce n'était plus d'actualité.
La Commune a été de toutes les insurrections parisiennes celle qui avait le plus de munitions, le plus d'armes, le plus de canons. Or, la lutte a duré moins, pourquoi ?
Maintenant, c'est le Paris d'Haussmann, celui des grandes voies.
Les grandes rues permettent justement des tirs beaucoup plus longs, des charges de cavalerie.
C'est ce que voulait Haussmann. Mais on aurait tendance à oublier que l'inverse est vrai. Si ça permettait le tir des canons, cela permettait aussi le tir des canons fédérés. Pendant cette dernière semaine la Commune n'existe plus en tant qu'organisation. Tous les actes qui vont être commis par les communards seront essentiellement des actes individuels, de petits groupes plus ou moins organisés, mais ne seront pas du tout la traduction d'une volonté délibérée de la Commune en tant qu'organisation structurée.
On va reprocher à la Commune l'exécution des otages, en réalité elle n'y est pour rien. Cela va être la volonté de quelques membres de la Commune qui se rendent compte que tout est perdu. A l'inverse Thiers pensait que la répression, extraordinairement dure, qu'il a délibérément commandée, allait servir d'exemple pour les générations futures, leur donner une sainte peur de la répression gouvernementale. Il ne se rendait pas compte que cela allait être quelque chose d'indélébile, une blessure qui rendrait la Commune absolument inoubliable.
La répression de l'armée versaillaise va être méthodique, le laminoir sera effroyable.
Par les combats il y aura relativement peu de tués. Je ne pense même pas qu'il y aura mille Versaillais tués au combat. Seuls 3.000 ou 4.000 ont réellement été tués pendant les combats. Tous les autres ont été fusillés systématiquement en représailles: 40.000 à 60.000 morts.
Il faut reconnaître que les troupes de Versailles ont été aidées par toute une population de Paris qui arborait le brassard tricolore et dénonçait les gens. Il ne fallait pas à cette époque se cacher dans une maison inconnue avec une blessure à la jambe: on n'était même pas tué par la troupe, mais par des civils qui, exorcisaient une certaine lâcheté.
Cette répression n'a pas été seulement l'oeuvre dé la classe militaire, qui a été ignoble; il ne faut pas oublier l'effroyable comportement des voisins, des bourgeois, des aristocrates, propriétaires ou militaires, mais aussi des voisins de palier, des jaloux, des aigris.
La Commune a aligné peut-être 40.000 combattants, peut-être un peu moins à la fin parce que l'enthousiasme baissait. Mais que représentent 40.000 combattants sur une population de 1.500.000 à 1.600.000 (habitants) ?
On est en droit de se demander ce que faisait le million d'observateurs.
Gérard Conte
Le 28 mai 1871, au terme d'une Semaine sanglante, la Commune de Paris n'existe plus.
Dix semaines plus tôt, le 18 mars, des Parisiens humiliés par la défaite de leur pays face aux Prussiens et énervés par un long siège, s'en étaient pris aux troupes gouvernementales. Le chef du pouvoir exécutif, Adolphe Thiers, avait déserté sur le champ Paris pour Versailles. Un mouvement insurrectionnel improvisé avait alors assumé le pouvoir dans la capitale sous le nom de «Commune de Paris».
Mais dès la signature du traité de paix avec l'Allemagne, le 10 mai, Adolphe Thiers obtient de l'occupant prussien la libération anticipée de 60.000 soldats. Il lance aussitôt contre la capitale cinq corps d'armée d'un total de 130.000 hommes, dont les anciens prisonniers et beaucoup des campagnards recrutés et formés à la hâte, préparés psychologiquement à affronter la «canaille rouge».
Les troupes sont placées sous le commandement du maréchal Mac-Mahon (celui-là même qui avait été défait à Sedan par les Prussiens). Leur assaut commence le 21 mai, dans le quartier du Point du Jour, à Boulogne. Thiers leur impose une progression lente et prudente dans les rues de Paris. Cette lenteur sera propice à l'exacerbation des passions et aux excès de toutes sortes.
Les Versaillais ont en face d'eux une dizaine de milliers de fédérés déterminés. Ils doivent conquérir les barricades l'une après l'autre.
Le quartier de Belleville, à l'est, est le dernier à tomber, après de violentes canonnades. Les combats de rue feront au total 4.000 tués (877 du côté des troupes versaillaises !).
Mais il s'ajoute à ce bilan les victimes de la répression car, à l'arrière, des liquidateurs tuent méthodiquement les suspects. Une vingtaine de «cours prévôtales» jugent hâtivement les hommes et les femmes pris les armes à la main et les font fusiller sur place.
Plusieurs «abattoirs» improvisés servent de lieu d'extermination. Le «mur des Fédérés», au cimetière du Père-Lachaise, conserve le souvenir des 147 malheureux qui furent fusillés à cet endroit et du millier de cadavres qui furent ensevelis dans une fosse voisine (bien que le mur n'existât pas encore au moment desdits événements.
Dans les longues files de prisonniers qui sont conduites vers les prisons de Versailles, le général marquis de Gallifet repère les hommes aux cheveux gris et les fait fusiller dans le fossé, les suspectant d'avoir déjà participé aux émeutes de juin 1848.
Les Communards, piégés par leur inexpérience autant que par la peur bleue des Versaillais, se vengent en faisant fusiller environ 480 otages, dont l'archevêque Darboy. Ils n'hésitent pas non plus à mettre le feu à Paris. Ils incendient les monuments les plus illustres tels que le palais des Tuileries, le Palais de Justice gothique (la Sainte Chapelle est épargnée par miracle), l'Hôtel de Ville hérité de la Renaissance, le Palais-Royal et le Palais d'Orsay... De précieuses collections d'art et des archives sans prix disparaissent aussi pendant la Semaine Sanglante.
Ces destructions vont priver Paris de quelques fleurons de son son patrimoine architectural... C'est ainsi qu'aujourd'hui, dans cette capitale qui s'honore d'un très illustre passé, il n'y a plus guère de monument qui remonte au-delà du XVIIe siècle, mis à part le palais du Louvre, Notre-Dame et quelques églises du centre.
Le bilan total de la Semaine sanglante est d'environ 20.000 victimes, sans compter 38.000 arrestations. C'est à peu près autant que la guillotine sous la Révolution.
La Commune de Paris se termine au cimetière du Père Lachaise (en réalité son nom est "cimetière de l'Est") le 28 mai 1871. Le «mur des Fédérés» conserve le souvenir des 147 malheureux qui furent fusillés à cet endroit et du millier de cadavres qui furent ensevelis dans une fosse voisine (bien que le mur n'existât pas encore au moment des événements).
À cela s'ajoutent les sanctions judiciaires. Les tribunaux prononceront jusqu'en 1877 un total d'environ 50.000 jugements. Il y aura quelques condamnations à mort et près de 10.000 déportations (parmi les déportées qui rejoindront les bagnes de Nouvelle-Calédonie figure une célèbre institutrice révolutionnaire, Louise Michel). L'amnistie (pardon et oubli) ne viendra que dix ans plus tard, en 1881.
Sur HerodoteNet
source: Wikipédia
source: Increvables Anarchistes
source: HerodoteNet histoire
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