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"Entassées à dix mille dans des prisons construites pour cinq cents, solidaires et audacieuses, ces femmes républicaines espagnoles ont préféré «mourir debout que vivre à genoux"

Ramón Chao.

"Ouvriers ! Paysans ! Antifascistes ! Espagnols patriotes ! Face au soulèvement militaire fasciste, tous debout ! Défendons la République ! Défendons les libertés populaires et les conquêtes démocratiques du peuple !"

Dolores Ibarruri.

Mujeres libres

No Pasaran ! suivi de: Femmes en prison

No Pasaran !

Dès le 19 juillet 1936, Dolores Ibarruri, la Pasionaria, '1895-1989) lance du balcon du ministère de l'intérieur à Madrid, un vibrant appel immortalisé par la formule fameuse: "No pasaran !" (Ils ne passeront pas !). Ce mot d'ordre va devenir la consigne de tout le camp républicain et de tous les antifascistes du monde.
Dolores Ibarruri, la Pasionaria

Ouvriers ! Paysans ! Antifascistes ! Espagnols patriotes ! Face au soulèvement militaire fasciste, tous debout ! Défendons la République ! Défendons les libertés populaires et les conquêtes démocratiques du peuple ! Par les communiqués du gouvernement et du Front populaire, le peuple connaît la gravité du moment actuel. Au Maroc et aux Canaries, les travailleurs sont en lutte aux côtés des forces restées fidèles à la République, contre les militaires et les fascistes insurgés. Au cri de: "Le fascisme ne passera pas, les bourreaux d'octobre ne passeront pas !"... les ouvriers et les paysans de diverses provinces d'Espagne s'incorporent à la lutte contre les ennemis de la République. Les communistes, les socialistes et les anarchistes, les républicains démocrates, les soldats et les forces demeurées loyales à la République ont infligé les premières défaites aux factieux qui traînent dans la boue de la trahison l'honneur militaire dont ils se glorifiaient tant. Tout le pays vibre d'indignation devant ces misérables qui veulent plonger l'Espagne démocratique et populaire dans un enfer de terreur et de mort. Mais ils ne passeront pas ! L'Espagne entière s'apprête au combat. A Madrid, le peuple est dans la rue, soutenant le gouvernement et le stimulant avec son énergie et son esprit de lutte, pour que les militaires et les fascistes insurgés soient totalement écrasés.

Jeunes, préparez-vous au combat ! Femmes, héroïques femmes du peuple ! Souvenez-vous de l'héroïsme des femmes des Asturies en 1934. Luttez vous aussi aux côtés des hommes pour défendre la vie et la liberté de vos enfants que le fascisme menace ! Soldats, fils du peuple ! Restez fidèles au gouvernement et à la République, luttez aux côtés des travailleurs, aux côtés des forces du Front populaire, aux côtés de vos parents, de vos frères et de vos camarades ! Luttez pour l'Espagne du 16 février, luttez pour la République, aidez-les à vaincre ! Travailleurs de toutes tendances ! Le gouvernement met entre vos mains des armes pour sauver l'Espagne et le peuple de l'horreur et de la honte que représenterait la victoire des bourreaux d'octobre couverts de sang. Que nul n'hésite ! Soyez tous prêts pour l'action ! Chaque ouvrier, chaque antifasciste doit se considérer comme un soldat en armes. Peuples de Catalogne, du Pays basque et de Galice ! Espagnols de partout ! Défendons la République démocratique, consolidons la victoire obtenue par le peuple le 16 février. Le Parti communiste vous appelle au combat. Il appelle tout spécialement les ouvriers, les paysans, les intellectuels à occuper un poste de combat pour écraser définitivement les ennemis de la République et des libertés populaires. Vive le Front populaire ! Vive l'union de tous les antifascistes ! Vive la République du peuple !

Les fascistes ne passeront pas ! Ils ne passeront pas ! No pasaran !

Barcelone, 15 novembre 1938

Adieu aux Brigades Internationales

"Mères ! Femmes ! Lorsque les années auront passé et que les blessures de la guerre seront cicatrisées ; lorsque le souvenir des jours de détresse et de sang se sera estompé dans un présent de liberté, d'amour et de bien-être; lorsque les rancœurs seront mortes et que tous les espagnols sans distinction connaîtront la fierté de vivre dans un pays libre, alors, parlez à vos enfants. Parlez leur des hommes des Brigades Internationales.

Dites-leur comment, franchissant les océans et les montagnes, passant les frontières hérissées de baïonnettes, épiés par des chiens dévorants avides de déchirer leur chair, ces hommes sont arrivés dans notre pays comme des croisés de la liberté. [...]

Ils abandonnèrent tout: tendresse, patrie, foyer, fortune, mères, épouses, frères, sœurs et enfants, et vinrent nous dire: Nous voici. Votre cause, la cause de l'Espagne, est la nôtre. C'est la cause de toute l'humanité éprise de progrès !

Aujourd'hui, ils s'en vont. Beaucoup d'entre eux, des milliers, restent ici, avec comme linceul, la terre espagnole, et tous les espagnols se souviennent d'eux avec une émotion profonde. [...]

Camarades des Brigades Internationales ! Des raisons politiques, des raisons d'État, l'intérêt de cette même cause pour laquelle vous avez offert votre sang avec une générosité sans limites, font que vous repartez, certains de vous dans leur pays, d'autres vers un exil forcé. Vous pouvez partir la tête haute. Vous êtes l'histoire, la légende, l'exemple héroïque de la solidarité et de la démocratie universelle[...].

Nous ne vous oublierons pas; et quand l'olivier de la paix se couvrira de nouveau de feuilles mêlées aux lauriers victorieux de la République espagnole, revenez !"

Extraits du discours de Dolores Ibarruri (La Pasionaria)
Texte original complet

Es muy difícil pronunciar unas palabras de despedida dirigidas a los héroes de las Brigadas Internacionales, por lo que son y por lo que representan. Un sentimiento de angustia, de dolor infinito, sube a nuestras gargantas atenazándolas... Angustia por los que se van, soldados del más alto ideal de redención humana, desterrados de su patria, perseguidos por la tiranía de todos los pueblos...Dolor por los que se quedan aquí para siempre, fundiéndose con nuestra tierra y viviendo en lo más hondo de nuestro corazón, aureolados por el sentimiento de nuestra eterna gratitud.

Dolores Ibarruri, la Pasionaria

De todos los pueblos y de todas las razas, vinisteis a nosotros como hermanos nuestros, como hijos de la España inmortal, y en los días más duros de nuestra guerra, cuando la capital de la República Española se hallaba amenazada, fuisteis vosotros, bravos camaradas de las Brigadas Internacionales, quienes contribuisteis a salvarla con vuestro entusiasmo combativo y vuestro heroísmo y espíritu de sacrificio. Y Jarama, y Guadalajara, y Brunete, y Belchite, y Levante, y el Ebro, cantan con estrofas inmortales el valor, la abnegación, la bravura, la disciplina de los hombres de las Brigadas Internacionales.

Por primera vez en la historia de las luchas de los pueblos se ha dado el espectáculo, asombroso por su grandeza, de la formación de las Brigadas Internacionales, para ayudar a salvar la libertad y la independencia de un país amenazado, de nuestra España.

Comunistas, socialistas, anarquistas, republicanos, hombres de distinto color, de ideología diferente, de religiones antagónicas, pero amando todos ellos profundamente la libertad y la justicia, vinieron a ofrecerse a nosotros, incondicionalmente.

Nos lo daban todo, su juventud o su madurez; su ciencia o su experiencia; su sangre y su vida; sus esperanzas y sus anhelos...Y nada nos pedían. Es decir, sí: querían un puesto en la lucha, anhelaban el honor de morir por nosotros.

! Banderas de España ! Saludad a tantos héroes, inclinaos ante tantos mártires !...

! Madres !...! Mujeres !...

Cuando los años pasen y las heridas de la guerra se vayan restañando; cuando el recuerdo de los días dolorosos y sangrientos se esfumen en un presente de libertad, de paz y de bienestar; cuando los rencores se vayan atenuando y el orgullo de la patria libre sea igualmente sentido por todos los españoles, hablad a vuestros hijos; habladles de estos hombres de las Brigadas Internacionales.

Contadles cómo, atravesando mares y montañas, salvando fronteras erizadas de bayoneteas, vigilados por perros rabiosos que ansiaban clavar en ellos sus dientes, llegaron a nuestra patria como cruzados de la libertad, a luchar y a morir por la libertad y la independencia de España, amenazadas por el fascismo alemán e italiano. Lo abandonaron todo: cariño, patria, hogar, fortuna, madre, mujer, hermanos, hijos y vinieron a nosotros a decirnos: !Aquí estamos!, vuestra causa, la causa de España, es nuestra misma causa, es la causa común de toda la humanidad avanzada y progresiva.

Hoy se van muchos; millares se quedan, teniendo como sudario la tierra de España, el recuerdo saturado de honda emoción de todos los españoles.

! Camaradas de las Brigadas Internacionales ! Razones políticas, razones de estado, la salud de esa misma causa por la cual vosotros ofrecisteis vuestra sangre con generosidad sin límites, os hacen volver a vuestra patria a unos, a la forzada emigración a otros. Podéis marchar orgullosos. Sois la historia, sois la leyenda, sois el ejemplo heroico de la solidaridad y de la universalidad de la democracia, frente al espíritu vil y acomodaticio de los que interpretan los principios democráticos mirando hacia las cajas de caudales, o hacia las acciones industriales, que quieren salvar de todo riesgo.

No os olvidaremos; y cuando el olivo de la paz florezca, entrelazado con los laureles de la victoria de la República Española ! volved !...

Volved a nuestro lado, que aquí encontraréis patria los que no tenéis patria, amigos los que tenéis que vivir privados de amistad, y todos, todos, el cariño y el agradecimiento de todo el pueblo español, que hoy y mañana gritará con entusiasmo:

! Vivan los héroes de las Brigadas Internacionales !

Sources: Espana 36

Femmes en prison

Espagne des années 40

Le 1er avril 1939, le général Franco met fin à la guerre civile d’Espagne (qu’il avait déclenchée en 1936) par un bref discours, écrit, paraît-il, de sa main: «En ce jour, ayant vaincu et désarmé l’ennemi, les troupes nationales ont atteint leurs derniers objectifs militaires. La guerre est finie.» Mots récités et sarcastiquement déformés par les personnages de Voix endormies. Des femmes. En prison pour motifs politiques. Pour elles, la guerre n’est pas terminée, ni dans les montagnes – leurs maris, leurs frères poursuivent la lutte dans les sierras –, ni en cellule. Les historiens estiment que, dans les années d’après-guerre, la répression fit presque autant de victimes que les combats. On chiffre à 200 000 le nombre de morts en prison pour la période 1939-1944. Sans compter, pour la même période, les milliers de civils anonymes raflés et exécutés par les vainqueurs. De nos jours encore, au bord des routes ou dans des champs, on découvre des charniers, témoins silencieux de la barbarie qui suivit la guerre.

Après la victoire fasciste, de nombreux républicains partirent en exil, mais un nombre encore plus important d’entre eux sont restés en Espagne dans le silence, la peur et la marginalité, en une sorte d’exil intérieur. On n’a pas beaucoup écrit sur ces millions d’Espagnols qui, jusqu’à la disparition de Franco, en 1975, vécurent comme séquestrés dans leur propre pays. Désormais les souvenirs se libèrent. Ecrivains et historiens récupèrent des fragments d’un passé caché et réveillent les paroles endormies par la peur.

Il fallait sans doute que le temps fasse son œuvre, que les générations passent. La troisième, celle des petits-enfants, a décidé de rompre le silence imposé dès 1975 par la sacro-sainte «transition démocratique», quand gauche et droite décidèrent de ne pas «réveiller les démons». Il fallait peut-être aussi que des écrivains trouvent le talent et la force de se hisser à la hauteur de la sombre tragédie espagnole pour nous la rendre dans son exemplaire dimension. Ce fut d’abord Javier Cercas, avec son passionnant Soldats de Salamine (1). C’est maintenant au tour de Dulce Chacón (disparue prématurément en 2003) de rendre – avec quelle poésie ! – les voix endormies des femmes républicaines recluses dans la sinistre prison de Ventas, à Madrid, durant l’abominable après-guerre.

Voix endormies a connu un exceptionnel succès en Espagne, où il a été élu Livre de l’année 2003. Dulce Chacón bâtit, dans une prose somptueuse – le roman est fort bien traduit – inspirée par d’authentiques témoignages, un récit haletant qui mêle lyrisme, tragédie, angoisse, amour et passion. L’amour y est fortement présent dans la fascinante passion d’un couple (Pepita et «El Chaqueta Negra») contrarié par la guerre. Dulce Chacón crée ou recrée des personnages inoubliables (Reme, Hortensia, Tomasa, Elvira…) et tout un bataillon de militantes républicaines au courage prodigieux. Elles se soutiennent les unes les autres pour supporter les horreurs: froid, typhus, mort des nourrissons enfermés avec elles, humiliations et coups des surveillantes odieuses comme des kapos. Une vie ponctuée par des nouvelles de l’extérieur: exécutions de proches, maladies des enfants, souffrance intolérable de celles qui, catholiques, voient leur Eglise renouer avec les pires moments du passé.

Entassées à dix mille dans des prisons construites pour cinq cents, solidaires et audacieuses, ces femmes républicaines espagnoles ont préféré «mourir debout que vivre à genoux».

Ramón Chao.

Le Monde Diplomatique | octobre 2004 | Page 34

Notes:

(1) Cf. Albert Bensoussan, «Archéologie d’un conflit fratricide», Le Monde diplomatique, janvier 2003.
"Voix endormies", de Dulce Chacón, traduit de l’espagnol par Laurence Villaume, Plon, Paris, 2004, 396 pages, 21 euros.

Sources: Le Monde Diplomatique


Source: Plusloin.org


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