"Here's to you, Nicola and Bart
Rest forever here in our hearts
The last and final moment is yours
That agony is your triumph !"
Joan Baez
"Maintenant Nicolas et Bart
Vous dormez au fond de nos cœurs
Vous étiez tous seuls dans la mort
Mais par elle vous vaincrez !"
Georges Moustaki
"Sans nom dans la foule des sans nom", ainsi s'est-il décrit dans l'autobiographie de vingt pages qu'il a rédigée dans la prison de Charlestown : Histoire d'une vie de prolétaire. Bartolomeo était né en 1888 dans un petit village du Piemont : Villafalleto.
Doué pour l'étude et d'une intelligence particulièrement éveillée, il aurait pu, selon ses professeurs devenir enseignant ou même un savant. Son père, estimant que les études étaient trop coûteuses, préféra le placer comme apprenti pâtissier plutôt que de le laisser continuer à étudier. De place en place, besognant de ville en ville, il attrapa une pleurésie si grave que son père vint le chercher à Turin début 1907 pour le ramener à la maison. Les jours qu'il passa chez lui, soigné admirablement par sa mère, ont été, a-t-il écrit plus tard les plus beaux de sa vie.
Mais ce bonheur fut éphémère, car sa mère atteinte d'un cancer devait mourir au bout de trois mois d'agonie. Vanzetti la soigna avec le même dévouement et la même tendresse qu'elle avait eue pour le soigner. Il s'embarqua au Havre pour l'Amérique après avoir traversé la France à pied. De New York à Plymouth. Bartolomeo a trimé dur, errant de ville en ville, faisant tous les métiers au bas de l'échelle sociale.
Pour combler son manque d'instruction, il avait lu Darwin, Spencer, Hugo, Zola et Tolstoï mais il était depuis longtemps convaincu que seule l'anarchie délivrerait l'humanité de ses chaînes et il étudiait les oeuvres de Proudhon, Kropotkine et Malatesta qu'il affectionnait particulièrement. Tout d'abord employé à la Compagnie de Cordages de Plymouth comme la plupart des Italiens immigrés, il ne reprit jamais son emploi après une longue grève de revendication salariale en 1916.
Un ami repartant pour l'Italie lui revendit sa charrette à bras et son fond de commerce de poissons. C'est ainsi qu'il devint très connu et très aimé dans le quartier. Pommettes saillantes, moustache tombante, l'ami des enfants qui l'appelaient "Bart", effectuait tous les jours ses livraisons de poissons en poussant sa baladeuse dans ces rues très pauvres essentiellement peuplées d'Italiens et de Portugais.
Il était né en 1891, d'une famille de dix-sept enfants à Torremaggiore.
Comme pour Vanzetti, les années passées au village de leur enfance étaient les plus belles et les plus douces qu'il ait vécu. A quatorze ans, il quittait l'école pour aller travailler aux champs. Avec son frère Sabino, ils rêvaient de voyages, de partir aux Amériques. Ils partirent un jour de 1908 et débarquèrent à Boston Est.
Nicolas avait 17 ans. Sabino ne supporta pas longtemps l'exil, la vie d'immigrant et moins d'un an après il repartait au pays. Nico persista. Il apprit un métier et devint spécialiste en fabrication de chaussures. En 1913, il adhéra au groupe anarchiste local "Circolo di Studi Sociali" et participa à l'organisation de meetings, dans les villes voisines, distribua tracts et brochures, ouvrit des souscriptions pour les grévistes et accueillit Tresca et Galleani, révolutionnaires anarchistes très connus. En 1916 son groupe organisa un meeting à Milford dans le but de recueillir des fonds pour soutenir les grévistes d'une usine dans le Minnesota.
La préfecture n'ayant pas autorisé cette manifestation, les orateurs furent arrêtés et parmi eux, Sacco. Il fût condamné à une amende et c'est là, la seule peine qu'il a encouru avant son arrestation dans le tramway de Brokton une certaine nuit de mai.
Sacco et Vanzetti
22 juillet 1925 Prison de Charlestown
Cher monsieur Dumontais,
Depuis hier soir jusqu'à ce soir, j'ai relu plusieurs fois votre lettre. Je m'empresse d'accepter votre proposition, et c'est avec joie que Nicola et moi allons répondre aux questions de vos lecteurs.
Voici notre affaire. On nous a jugés coupables de meurtre au premier degré, entraînant la peine de mort. Si la Cour suprême refuse un nouveau jugement, la sentence sera exécutée. La grâce, si elle est possible, pourrait être accordée par le gouverneur. Mais dans notre cas, cette grâce serait que le gouverneur commuerait notre peine en peine d'emprisonnement à vie. Pour nous, accepter cette grâce serait la même chose que se reconnaître coupables.
Comment accepter la prison à vie après cinq ans de luttes, après avoir dépensé 300 000 dollars, fait trois protestations mondiales ; après que nos camarades ont sacrifié pour nous sang et liberté, après tout ce qui a été fait pour nous ? Comment accepter la prison, puisque nous sommes innocents. Nous avons dit souvent que nous voulions la mort ou la liberté.
Je vous en prie, monsieur Dumontais, faites tout ce que vous pouvez dans ce sens ; dites à tout le monde que nous préférons la mort à la prison... Qu'il ne faut pas dire un mot, ni donner un cent, ni remuer un doigt pour obtenir autre chose que la mort ou la liberté.
Nous sommes innocents. Vive l'Anarchie.
Bartolomeo Vanzetti
Sources : Increvables Anarchistes ;
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