"Il faut que nos doctrines pénètrent les cerveaux, tous les cerveaux, de façon que l'universelle harmonie soit, non seulement le résultat, mais la cause de la finale évolution."
Jean Grave.
"Toutes les lois sont oppressives et criminelles. Elles ne protègent que les riches et les heureux."
Octave Mirbeau
Jean Grave fut parmi l’un des militants anarchistes qui travailla avec le plus d’acharnement à la diffusion des idées libertaires.
Ne possédant pas de grands talents d’orateur, c’est par l'écrit qu’il décide de propager la pensée anarchiste et c’est en tant que journaliste qu’il consacre la plus grande partie de sa vie à la défense et à la promotion de la presse libertaire.Ayant condamné tout d’abord sévèrement le réformiste coopératif et syndical, il se rendit compte que le Grand Soir n'était pas pour demain. La besogne révolutionnaire consistait essentiellement "à fourrer des idées dans la tête des individus"
Le Monde libertaire
Jean Grave est né le 16 octobre 1854 (mort le 8 décembre 1939) à Breuil, commune de l'arrondissement d'Issoire, dans le Puy de Dôme. Son père, ayant été tour à tour mais sans suc ces meunier puis cultivateur, part, comme tant d'autres Auvergnats, tenter sa chance à Paris. Sa mère le suit et confie ses enfants à leurs grands-parents: Jean Grave garde peu de souvenirs de sa petite enfance en Auvergne, sinon que ses grands-parents austères et sévères étaient bonapartistes.
Figure importante de l'anarchisme français. D'abord tenté par le socialisme, il devient, dès 1880, anarchiste. La répression qui suivit les années de la Commune s'affaiblissant, un réveil de l'opinion se produit, des réunions s'organisent: des 1877, Jean Grave s'y rend, accompagné par des compagnons de travail.
Il s'abonne au Prolétaire de Paul Brousse et à L'Egalité de Jules Guesde. Le 30 janvier 1879, il rejoint le Parti Ouvrier, du même Guesde et fait partie du conseil d'administration de son journal, dont il s'occupe de l'expédition. Parallèlement à son activité aux côtes de Guesde, Jean Grave rejoint le "Groupe d'Etudes sociales des Vème et XIIIème arrondissements". Il y côtoie des guesdistes mais aussi des anarchistes de renom: Cafiéro, Malatesta, Tcherkesoff, avant leur expulsion. Il devient secrétaire du groupe et se charge de la correspondance.
Les écrits de Jean Grave se multiplient et s'affirment entre 1881-1885. Ils paraissent dans la presse anarchiste lyonnaise, premier foyer actif de propagande. Le Droit Social qui naît à Lyon en février 1882 insère ses premiers articles. Ses premières brochures paraissent l'année suivante sous le pseudonyme de Jehan Le Vagre... Enhardi par le succès de ses écrits, il envoie des articles au Révolté dont s'occupe Kropotkine à Genève, ce dernier les publie et les cieux hommes se lient très vite d'une solide amitié. En 1883, Elisée Reclus rend visite à Jean Grave pour lui demander d'aller à Genève s'occuper du Révolté, N'ayant aucune expérience, il accepte de s'engager uniquement pour six mois. Les six mois prévus se prolongeront en fait en trente et une années. On comprend dès lors que le nom de Grave soit étroitement lie à ceux du Révolté, de La Révolte et des Temps nouveaux.
Le jeune militant se lance alors avec passion dans sa nouvelle fonction. La diffusion du journal augmente rapidement grâce à son dévouement, sa ténacité et à la qualité des rédacteurs. Le journal par son sérieux et sa gravité, s'oppose au style, à la Verve images et argotique du Père Peinard d'Emile Pouget. Jean Grave et son équipe ont voulu-faire un journal "vierge de toute personnalité pur de tous cancans (...), consacré à la seule idée. Le titre devenant le passage obligé de la propagande de l'époque, suscite envies et jalousies: Grave est surnommé "le Pape de la rue Mouftard" sa longue blouse grise de typo assimilée à une soutane. L'hebdomadaire est qualifié du Temps ou du Journal officiel de l'anarchisme !
Vulgarisateur des thèses de Kropotkine, il écrit, en 1892:"La société mourante et l'anarchie" préfacé par Octave Mirbeau. Ce livre lui vaudra d'être condamné, le 26 février 1894, à Paris, suite au vote des "Lois scélérates", Jean Grave passe en procès pour avoir écrit "La société mourante et l'anarchie", livre publié en 1892 et préfacé par Octave Mirbeau [1]. Ce dernier, ainsi que Elisée Reclus, Paul Adam, Bernard Lazare vinnent témoigner en sa faveur. Mais Jean Grave est condamné à deux ans de prison et mille francs d'amende pour "provocation au pillage, au meurtre, au vol, à l'incendie, etc". La destruction du livre incriminé est également ordonné. Il sera impliqué la même année dans "Le procès des trente", mais cette-fois acquitté.
Jean Grave a réussi l'exploit de faire paraître pendant plus de trente ans un hebdomadaire anarchiste; le 4 mai 1895, il crée la revue "Les Temps Nouveaux", qui, jusqu'au 8 août 1914, sera un formidable outil de propagande anarchiste. et aura un fort impact dans les milieux littéraires et artistiques de l'époque. De nombreux artistes de renom (tels Aristide Delannoy, Maximilien Luce, Paul Signac, Alexandre Steinlen, Van Rysselberghe, Camille Pissarro, Van Dongen, Georges Willaume, etc.) participeront à l'illustration de la revue, ainsi qu'à son financement, offrant tableaux, dessins ou aquarelles.
Le 15 juin 1900, sortie à Paris du premier numéro de "L'Education Libertaire" Revue mensuelle internationale, Organe des bibliothèques d'éducation libertaire. D'abord imprimée, elle est ensuite réalisée à l'autocopiste. La revue s'arrêtera en mars-avril 1902.
Sa publication est en fait le prolongement d'une tentative de création en février 1899 d'une "Ecole libertaire" le 12 février 1899, à Paris, à l'hôtel des Sociétés Savantes, ouverture d'une "Ecole Libertaire". Le projet soutenu par Jean Grave et Pierre Quillard d'ouvrir une école libertaire pour les enfants n'ayant pas encore pu se réaliser, c'est uniquement des cours du soir pour adultes qui sont dispensés. Le 3 novembre 1899, "Le Journal du Peuple" signalera la reprise des cours avec la participation de Domela Nieuwenhuis.
En 1914, il se réfugie en Angleterre où il rejoint Kropotkine en signant le "Manifeste des 16" (favorable à l'interventionnisme). Cela lui vaudra l'animosité des anarchistes opposés à la guerre. A son retour en France, il continuera à militer. Il est l'auteur du: "Mouvement libertaire sous la IIIe république".
"Si vous voulez rester hommes, ne soyez pas soldats; si vous ne savez pas digérer les humiliations, n'endossez pas l'uniforme. Mais pourtant, si vous avez commis l'imprudence de le revêtir, et qu'un jour vous vous trouvez dans cette situation de ne pouvoir vous contenir sous l'indignation, n'insultez ni ne frappez vos supérieurs ! Crevez-leur la peau: vous n'en paierez pas davantage."
Jean Grave In: "La société mourante et l'anarchie" (1893).
Le 16 février 1848, naissance d'Octave Mirbeau, en Normandie. Journaliste, écrivain, et polémiste libertaire.
Il est d'abord un jeune bourgeois réactionnaire et antisémite, par tradition familiale. Puis, prenant conscience de l'injustice sociale, il se range du côté des plus pauvres et devient anarchiste. Il collabore au journal "Le Cri du peuple" dirigé par Séverine. En 1885, il préconise l'abstention lors des élections. Il publie plusieurs romans autobiographiques:"Le calvaire" "L'abbé Jules", "Sébastien Roch" dans lesquels il dénonce l'éducation religieuse, l'hypocrisie bourgeoise, etc.
Il est également critique d'art avant-gardiste, et soutient de jeunes peintres et écrivains. En 1891, il participe au journal "L'Endehors" que publie Zo d'Axa. En 1893, il préface "La société mourante et l'Anarchie" de Jean Grave, qui vaudra à ce dernier une condamnation a deux ans de prison.
Mirbeau devient un journaliste réputé, un polémiste de talent et un chroniqueur redouté (on lui reprochera toutefois sa misogynie). Lorsqu'éclate l'affaire Dreyfus, il se range parmi ses défenseurs. En décembre 1897, sa pièce de théâtre "Les mauvais bergers" fait scandale. Il poursuit une brillante carrière: romans ("Le journal d'une femme de chambre" est publié dans "La Revue Blanche" en 1900); pièces de théâtre; articles ponctués de coup d'éclat contre l'armée, la religion, le conformisme en général. Il meurt à Paris le jour de son anniversaire, en 1917.
Sources: Carole Reynaud Paligot; Jean Grave, portrait et itinéraire (1854 - 1939) Texte paru dans la revue Gavroche (mai-août 1992) sur Increvables Anarchistes et Ephéméride anarchiste
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