"Donc, je répétais souvent : y aura donc pas un gas à poil qui ait le nerf de gueuler toutes ces vérités, nom de dieu ? A force d’y penser, d’en causer avec des copains, je me suis dit: «Pourquoi pas moi ? Si l’instruction est un peu de sortie, y a du bon sens dans ma caboche !"
Emile Pouget
Le 12 octobre 1860, naissance d'Emile Pouget dans l'Aveyron, près de Rodez. Pamphlétaire redouté, anarcho-syndicaliste, antimilitariste et anticlérical.
Très jeune révolté et marqué par le procès des communards de Narbonne en 1871. Plus tard, à Paris (où il travaille comme employé), il devient anarchiste à la lecture de "Révolution sociale" et du "Révolté".
Dès 1879, il participe à la création du syndicat des employés du textile. En 1881, il rejoint un groupe d'anarchistes français au congrès international de Londres.
Le 9 mars 1883, il participe avec Louise Michel à la manifestation des "sans travail" où plusieurs boulangeries sont pillées. Arrêté avec elle, place Maubert alors qu'il tentait de la délivrer, il est condamné le 21 juin à 8 ans de prison sous l'inculpation de pillage à main armée et est incarcéré entre 1883 et 1886.
Il en sort en 1886 lors d'une amnistie et se consacre à la propagande anarchiste, avec la création, le 24 février 1889, du journal "Le Père Peinard" [1], qui obtient un rapide succès, par le style et le ton virulent utilisé. Pouget sera plusieurs fois poursuivit par la justice pour ses articles, et contraint d'arrêter la parution du journal au n° 253, suite à l'application des "lois scélérates" de 1894 [2]. Il s'exile alors en Angleterre. A son retour en France, il publie "La sociale", puis en 1896, reprend la publication du "Père Peinard".
Il s'engage dès lors dans le syndicalisme révolutionnaire et sera, de 1902 à 1908, secrétaire adjoint de la C.G.T. En 1906. En 1907, il devient responsable de la publication de «la voix du peuple», journal édité par la CGT.
"L'émancipation des travailleurs ne peut être que l'oeuvre des travaileurs eux-mêmes"
"Les syndicats, cellule de l'organisation corporative, sont constitués par le groupement des ouvriers d'un même métier, d'une même industrie ou accomplissant des besognes similaires. La volonté initiale des constituants du syndicat est de réaliser une force capable de résister aux exigences patronales. Donc, le groupement se fait, spontanément, sur le terrain économique, sans qu'il soit besoin qu'intervienne aucune idée préconçue, ce sont des intérêts qui sont en jeu ; et tous les ouvriers qui ont des intérêts identiques à ceux débattus dans ce groupement peuvent s'y affilier, sans qu'ils aient à faire connaître quelles sont leurs conceptions en matière philosophique, politique ou religieuse.
Une caractéristique du syndicat, sur laquelle il est nécessaire d'insister, est qu'il ne limite pas son action à revendiquer uniquement pour ses membres ; il n'est pas un groupement particulariste, mais profondément social, et c'est pour l'ensemble de la corporation qu'il combat. Par là même ne préside à sa coordination aucune pensée d'étroit égoïsme, mais un sentiment de profonde solidarité sociale ; il manifeste, dès l'origine, les tendances communistes qu'il porte en soi et qui iront en s'accentuant, au fur et à mesure de son développement."
Il est l'un des signataires de la "Charte d'Amiens". En 1909, il se consacre à la publication de "La révolution". Il meurt le 21 juillet 1931. Il a laissé de nombreux livres et brochures comme "L'action directe" (1910), "Le sabotage", etc.
Le quidam moyen qui tombe par hasard sur l'almanach du "Père Peinard" a de quoi se demander s'il a à faire à un recueil de morceaux choisis d'humour et de truculence. Emile Pouget étonne et par là même interresse, son verbe haut en couleurs, son style pour le moins curieux, volontairement "populaire" est accrocheur. Emile Pouget donne une autre dimension au militantisme..
"Le jour où le populo ne sera plus emmiellé, c'est le jour où les patrons, gouvernants, ratichons, jugeurs et autres sangsues téteront les pissenlits par la racine. Et, en ce jour-là, le soleil luira pour tous et pour tous la table sera mise. Mais, mille marmites, ça ne viendra pas tout de go! Pour lors, si nous tenons à ce que la Sociale nous fasse risette, il faut faire nos affaires nous-mêmes et ne compter que sur notre poigne."
14 janvier 1900.
Oui, foutre quand viendra-t-il ?
C'est l'interrogation que se posent les bons bougres. Et mille marmites, les événements se poussent tellement au cul les uns les autres, que ça pourrait bien ne pas moisir. Tant mieux !
Ce ne saurait pas du luxe.
Les bafouilleurs de la haute jacassent d'assainissement et de tout à l'égout.
Quelle plus chouette assainissement que de purifier les hautes sphères sociales et de pratiquer le tout à l'égout, à l'égard de la chameaucratie qui nous ronge !
Ce balayage d'ordures dirigeantes pourrait d'ailleurs n'être pas sans bénéf: y aurait mèche de tirer parti de ces détritus, comme on utilise en gadoues, les ordures ou aux plaines d'Achères, en épandages, la confiture merdoyante de Paris.
Ainsi les ratichons feraient du riche noir animal; Les généraux d'excellente poudrette; Les banquiers du guano du Pérou; Les proprios du fumier de ferme; Les jugeurs du purin.
On confondrait les huissiers avec un lavement dégorgé, les sénateurs avec des cataplasmes sanieux, les ministres se mueraient en crottin de bourriques, les députés et autres bouffe-galette en bouzes de vaches, et Féliskoff serait mis en mottes, kif kif le tan qui a trop servi.
Ensuite, mince d'épanouissement et floraison: la vie aurait un charme époilant, nul la trouverait dégueulasse et canulante à dévider.
En attendant que ça vienne, les gas d'attaque doivent pousser à la roue et une des bonnes binaises pour activer le mouvement est de secouer les endormis et de les aider à se décarcasser les lucarnes. Pour cela, entre une tapée de galbeux élixirs, il y en a un qui vaut de l'or:
c'est l'almanach du vieux gniaff...
LISEZ-LE !
nom de dieu et faites le lire !
On ne le lira jamais trop, foutre !
Le Père peinard.
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